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  • why not portraits ?

    Dans ce projet je rassemble une série des portraits photographiés en atelier d’hommes et de femmes anonymes remarquées et sollicitées lors de rencontres, apparemment sans aucun point en commun que de porter une attention particulière à leur corps et leur apparence, dans un mouvement incessant d’invention et de reéinvention d’eux mêmes. 

    Ces modèles photographiés devant des fonds à motifs se tiennent au premier plan, questionnant ainsi les rapports de la figure au fond. Les tenues sont neutres aplatissant la perspective et les rapports aux tissus, troublant ainsi la perception habituelle. Il peut cependant exister un lien formel entre ce fond et les matières des vêtements, soit au contraire la figure se détache. Je choisis les fonds au moment des prises de vues dans l‘atelier.

    Quand je vois certaines peinture de Matisse je comprends le sentiment qui s‘en dégage, car on le retrouve dans les lignes, dans la composition, dans la couleur et les motifs. 

    C’est une étude plutôt anthropologique sur des transformations de soi qui oeuvrent en silence et sculptent les comportements de tout à chacun. Les personnes anonymes représentées ici semblent dans le temps flottant de la recherche d‘eux-mêmes, les contours de leur personnalité encore au travail. La photographie explore et trace chez ces modèles cette limite et frontière subtile entre un sentiment de soi et une image donnée aux autres, un monde intérieur et son apparence projetée dans le monde. 

    Contrairement à mes précédentes séries et malgré les poses frontales et volontaires des modèles, le masque de cette modernité y est moins évident : les symptômes de notre individualisme contemporain véhiculés par notre société de l’apparence et de l’esthétique personnelle y sont plus subtils. On retrouve cependant des thèmes déjà abordés dans des séries comme Pentimento, Chahut ou Chirurgies. 

    Formellement ce sont des images qui baignent dans une lumière douce, réalisées sur des fonds colorés, à motifs imprimés et systématiques, à l’inverse des portraits de presse ou de commande, le plus souvent sur fonds blancs ou noirs. Ces tissus sont tous achetés au Marché Saint Pierre dans le 18e de Paris ; pour les clichés je les choisis soit en amont des prises de vues, soit avec le modèle lors des séances photo.

    Expositions :
    2019 Les Immémoriaux, exposition personnelle, Ségolène Brossette Galerie, Paris, Fr.
              Work in progress, exposition collective, Ségolène Brossette Galerie, Paris, Fr.